Pas de renflouage financier pour les Américains ordinaires

Lundi 27 octobre 2008
Par Craig and Marc Kielburger
Mark Seifert dirige des journalistes à travers des rues qui ressemblent davantage à Bagdad qu’à Cleveland, en Ohio. Elles sont abandonnées. Les maisons sont barricadées et couvertes de graffitis. Autrefois des quartiers résidentiels, ils sont aujourd’hui des repères pour les revendeurs de drogue.
Tout au fond apparaît un joli petit ranch, entouré d’un jardin entretenu. Cette maison appartient à un couple âgé qui y habite depuis des dizaines d’années. Leur hypothèque est payée, mais la valeur de leur maison est dépréciée de moitié. Ils ne peuvent la vendre et n’ont nulle part où aller.
« Il faut se mettre à leur place. Ils sont seuls ici, » dit Seifert. « C’est une vraie zone de guerre. »
Une zone de guerre, en effet. Quand le directeur général du Empowering and Strengthening Ohio’s People organise une visite pour des journalistes chevronnés, ces derniers sont complètement retournés. Un des journalistes, qui avait couvert l’ouragan Katrina, a affirmé que les rues ressemblaient à celles de la Nouvelle-Orléans.
« Les Noirs, les Blancs, les jeunes et les moins jeunes. Cela touche tout le monde, » dit Seifert. « C’est l’Amérique. »
On peut entendre un ton de frustration dans la voix de Seifert, et il a tout à fait le droit d’éprouver ce sentiment. Pendant des années, Seifert a travaillé avec des gens qui devaient affronter les saisies résultant des prêts immobiliers à risque. Malgré ses efforts, la crise a envahi les frontières de Cleveland jusqu’au cœur du rêve américain.
L’histoire de Seifert remonte à l’année 1999. Son organisme se concentrait alors sur des activités de pression pour, entre autres, avoir plus de brigadiers scolaires. Un beau jour, les résidents ne se présentèrent plus aux réunions. Seifert décida de les appeler pour connaître la raison de leurs absences et découvrit que leurs lignes téléphoniques étaient coupées. Les membres de la communauté perdaient leurs toits.
« Nous ne savions pas ce qu’étaient les prêts abusifs à l’époque. Je ne pense pas qu’on employait ce terme, » affirma-t-il. « Mais nous savions qu’il y avait un problème. »
Sans tarder, Seifert s’orienta vers une autre direction. Son organisme se vit doubler l’effectif de son personnel, et engagea des conseillers en prêts pour renégocier les hypothèques et prévenir la saisie.
Cleveland n’était que l’épicentre d’un champ de bataille en expansion. C’est là que des quartiers entiers étaient saisis et l’organisme de Seifert était submergé de gens confrontés à leurs problèmes d’hypothèque.
Ils étaient 1500 en 2007 pour passer à presque 3700 cette année.
Seifert s’aperçut que le problème aurait pu être évité.
« Ce n’est pourtant pas sorcier, » dit-il. « Réveillez-vous. Vous auriez dû demander un talon de paye au moment de l’emprunt. Rien qu’avec ce détail, on aurait pu mettre un terme à la crise. Désormais, notre économie est en train de se détruire et cela se propage dans le monde entier. »
Seifert finit par dénoncer en grande partie le gouvernement. Il déclare que celui-ci aurait pu réguler l’industrie plutôt qu’ignorer le problème jusqu’à ce qu’il affecte une population moins marginalisée.
Seifert dit que l’aide financière de 700 milliards de dollars du gouvernement peut aider les banques, mais ne fait rien pour les Américains ordinaires sans domicile, accablés par le remboursement de leur hypothèque. Ces gens souhaitaient avoir une maison et vivaient tout simplement le rêve américain.
« Nous ne pensons simplement pas que les gens auraient dû être conduits à l’échec, » dit-il.
Craig et Marc Kielburger sont des défenseurs des droits des enfants et les cofondateurs d’Enfants Entraide, un organisme qui œuvre dans les pays en développement. En ligne : Craig et Marc Kielburger traitent des enjeux mondiaux tous les lundis dans la rubrique World & Comment. Participez au débat en ligne à l’adresse suivante : thestar.com/globalvoices.
Pour la version en Anglais http://www.thestar.com/News/GlobalVoices/article/525022
Traduit par Carine Iarov et révisé par Christian Corbeil

